Les longs sanglots s’évaporent quand tu te réveilles.
Cette nuit, tu fus à ce festin qui maintenant te consume. Cette impression prégnante de l’empoisonnement reste encore, légèrement floue, mais tu le sens maintenant, comme bien réel.
Qui se méfie d’une viande fine et délicate, coupée en tranches minces et servie sur un grand plateau? Qui se méfie quand les convives s’en délectent, poussent des petits cris de joie et parlent gaiement?
Celui qui sait sera empoisonner. Celui qui ignore ce malheur vivra.
Ingurgiter, acte suprêmement abject. Acte ignoble, acte vil et bas.
Cher et tendre enfant, il sanglote et ses larmes fragiles se mêlent au vin que nous buvons.
Oui, cette nuit, au milieu de convives qui fêtaient sa naissance, tu mangeas celui que tu avais conçu.
Et au milieu de ces anthropophages, avant que de savoir la malédiction qui te tuera, tu te sentais profondément heureuse. En accomplissant ce sacrilège tu riais et ta bouche charmante construisait tout un monde.
Tendre enfant, rose et charmant…ta chair est plus tendre que l’agneau. Tu es plus doux, plus sincère. Tu ne connaîtras pas le mal.
Et celui qui ronge ta mère, tu ne le verras pas…
Comment as-tu su, pauvre mère??? Il fallait de la part de ton hôte une cruauté sans précédent pour avoir la malice de te montrer ton sacrilège. Le berceau est vide…pourtant, l’explication ne s’offre d’elle-même que quand tu aperçois les reliefs de ton enfant. |