Un rapace est entré par la fenêtre de ma chambre tandis que je dormais. Je rêvais, je crois, mais je serai jamais sûr, de cette fille aux contours informes, de cette fille de moi inconnue et avec qui je fais l’amour toutes les nuit en rêve, quand le majestueux animal a fait son entrée par le fenêtre de ma chambre. Cette venue est surprenante, et pour ainsi dire, totalement incompréhensible, puisqu’il ne m’est pas donné d’avoir une fenêtre. J’habite une chambre de quelques mètres sur quelques mètres sur quelques mètres, à peine plus grande que la cuisine de Clov le bien nommé et c’est là que je mène une existence joyeuse, écrivant nonchalamment à la lueur d’une bougie.
Toujours est-il que ce rapace entra par une ouverture quelconque et vint se poser sur mon épaule tandis que je finissais cette laborieuse tâche qu’est donner du plaisir à une femme. Vraiment, j’étais affreusement las, et j’aurais été heureux de la venue de l’oiseau si celui-ci ne m’avait pas lacéré l’épaule de ses serres pour prendre ma place dans mon lit, pour usurper le bien que j’avais gagné par tant de discours fleuris et éphémères, pour usurper ma virilité tout juste expirante, pour usurper le bout d’épaule qui gisait à présent, morceau de chair sanglant, sur le pas de mon lit.
Vraiment, c’en était trop ! J’aurais voulu riposter mais mon épaule me faisait atrocement souffrir et puis, mes mains d’onychophage n’auraient jamais pu rivaliser avec les griffes acérées de ce vautour plein d’un désir puant.
Alors je pris le parti le plus judicieux qui était de rester spectateur de cette scène plutôt comique. Le vautour usurpateur avait entrepris de terminer avec son bec le labeur que j’avais commencé. Cela semblait assez douloureux, à vrai dire, mais sûrement la douleur ne dépassait-elle pas celle de ma pauvre épaule. Je voyais frétiller ce bout de chair encore vivant, encore sanglant, sur le pas de mon lit.
Et là, au moment où semble-t-il la jeune fille allait prendre son plaisir, ou peut-être était-ce la douleur qui la faisait hurler ainsi, je me réveillai. |